Orgeuilleuse 3 (suite)

« Mais pourquoi tu as fait ça ?

On va t’appeler Cassius dis donc !

Putain, qu’est-ce que ça fait mal ! Sérieux ! Regardez !

J’aurais bien voulu voir ça, tu m’éclates.

Oui, ben pour l’instant, c’est ma main qui est éclatée et ça fait un mal de chien !

Mais pourquoi tu as fait ça ?

Tu veux dire : pourquoi elle n’a pas fait ça avant ?! »

A vrai dire, je n’avais pas prévu cela.  Et puis c’était monté d’un coup ; c’est parti.  Le seul éclair de lucidité a été de ne pas fermer le point avec le pouce à l’intérieur.  Un ami m’avait expliqué que c’était l’erreur caractéristique des filles.  Je ne sais pas pourquoi cela m’est resté.  Pour une non-violente, c’était plutôt étonnant de se souvenir d’un truc pareil.  Jusque-là, je m’étais plutôt concentrée sur la fuite, pas sur l’attaque. Il m’avait également expliqué qu’il fallait cogner avec le poids de tout le corps: « ce n’est pas le point qui part mais tout le corps qui se projette avec le poing ».

« Je crois que je me suis péter le coude et déboitée l’épaule !

Mais non, ta main a doublé de volume certes, mais le reste c’est rien, ça va aller. Tiens remets de la glace.

File moi une autre dose d’anti-inflamatoire ! Putain, mais faut être taré pour se filer des coups; faut bien être un mec ! Regarde ma main, mais regarde ?!

Moi, c’est sa gueule que j’aurais aimé voir ! Vu l’état de tes phalanges, il a dû morfler ».

Pas sûr… je me souviens plus à vrai dire.  C’est parti, direct, en plein dans la face.  Il n’a pas vacillé.  Il m’a regardé, surpris.  Autant que moi d’ailleurs, il a considéré ma main, il m’a dévisagé.  Il a secoué la tête et il est parti.

« Mais pourquoi tu as fait ça ?

Oh ta gueule Betty, on s’en fout ! Elle l’a fait et cela lui a fait du bien! Hein que cela t’a fait du bien Balboa? »

Je les regarde toutes les deux : Les copines : ma punk et ma douceur ! Deux échantillons parfaits d’amitié pure, toujours présentes, compatissantes, prêtent à partir au combat au premier signe, mon microcosme de fusion féminine.